PENSEE DU MOMENT !
Un type qui pense qu’il est arrivé,
c’est qu’il n’allait pas loin.
JEAN CARMET
CHALUT TOI LE VISITEUR
SOIS LE BIENVENUE
DANS LE MONDE DE COOKI,
LE CHAT CHRONIQUEUR
PHOTO COSAQUE 06/2008

Un type qui pense qu’il est arrivé,
c’est qu’il n’allait pas loin.
JEAN CARMET
Bravo mon pote, quarante ans sans se voir, un sacré bail tu sais, et tu es là, devant ma porte, souriant béatement aux étoiles. Tu dis des mots merveilleux, amour, amitié, souvenirs…Tu as aperçu mon adresse dans ton carnet de molesquine, oublié dans un tiroir, et retrouvé au hasard d'un rangement…
Bravo mon pote, tu éprouves du bonheur à me revoir, et tu es là, face à moi, coincé dans le fauteuil après mon invitation à t'installer, admirant ton verre et tes chaussures. Et soudain, tu parles, gesticules et expliques. Regrets de ne plus avoir donné signe de vie, désir de renouer des relations durables et profondes, comme avant…
Bravo mon pote, tu veux décrire ta vie, tes voyages, ta réussite professionnelle, tes échecs sentimentaux, tes déboires personnels. Et tu es là, évitant mon regard, ayant tant à dire, que tu butes sur les mots, les syllabes ne s'enchaînent plus, et toi tu te déchaînes…Presque à t'énerver…Rien à comprendre, tout à écouter, en vrac…Sans autres possibilités…
Bravo mon pote, tu as effectué le voyage pour me saluer et selon tes dires prendre de mes nouvelles. J'en doute, car depuis deux heures, tu ne parles que de toi, de ta vie, de tes désirs, de tes soucis, de tes problèmes. Tu ne cherches pas même à savoir si le plaisir est partagé, si la rencontre est agréable, et si mon contentement est de t'écouter ou non…
Bravo mon pote, tu ne comprends pas plus qu'il y a quarante ans, je te retrouve aujourd'hui, inodore, insipide, translucide, inexistant. J'ai mal pour toi mais n'éprouve aucun sentiment, ni haine, ni pitié. Aucun espoir de te comprendre. Range donc ton carnet de molesquine dans son tiroir, et arrache la page ou tu m'as retrouvé. Car dans mon souvenir, c'est bien toi qui a quitté notre chambre d'étudiant, sans crier gare, emportant avec toi, mes affaires, mon argent, mes cours, mes papiers, ma guitare ! J'attendais simplement un mot, et la porte de mon cœur se serait peut – être ouverte à nouveau…Dommage, tu peux effectuer le voyage en sens inverse, je n'aurai ni tristesse, ni rancœur, pas même du dégout…
Simplement le regret de n'avoir pu te saisir…Je resterai le hasard vivant dans un carnet de molesquine oublié au fond d'un tiroir, et c'est bien la place, à laquelle tu te dois de me laisser désormais…
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