PENSEE DU MOMENT !

Un type qui pense qu’il est arrivé,

c’est qu’il n’allait pas loin.

  JEAN CARMET


Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /Déc /2009 17:00

Accoudé à la machine à café, tu rêvasses, lampant peu à peu ce breuvage chaud, erzats soit disant Colombien et censé te réveiller. Ton esprit vagabonde et s'éloigne de ton lieu de travail, provoquant souvent la colère de tes supérieurs, attendant de toi, c'est le minimum, une simple justification de la nécessité de ton poste. Par définition, tu es un rêveur, c'est d'ailleurs le surnom qui te colle à la peau depuis ta naissance :
" Le rêveur " !

 

Accoudé à la machine, tes yeux transpercent ces murs, le cerveau en ébullition, tu voyages au-delà du temps, au-delà des êtres qui t'entourent et cherchent en vain à te saisir, à mieux t'appréhender. Nul ne te connaît réellement, pas même au sein du cercle familial, personne ne découvre le fond de ta personnalité, d'ailleurs tu n'aides jamais sur ce point. La tête dans les nuages, tu vis en une autre dimension.

 

Accoudé à la machine, tes souvenirs font surface et t'engloutissent en une marée plaisante mais terrifiante tant son déferlement t'ébranle. Tes parents tentent de comprendre, cherchent à t'aider. Des années durant ils t'accompagnent, chaque semaine, chez le psychologue qui veut te ramener à la réalité. Tu cherches à expliquer que le rêve, en toi, est nécessaire, que tu te sens bien ainsi, et qu'il est ton moteur de vie. Pourtant, dans le monde qui t'entoure, chacun s'accorde à croire que cet état n'est en rien constructif. Pour toi, c'est l'inverse.

 

Accoudé à la machine, tes errements t'entrainent, toujours plus loin, toujours plus haut, vers des sommets jamais atteints, des rivages inexplorés, des forêts inexploitées. Tu respires l'air de tes méditations, aspires à la plénitude et à la quiétude de l'instant divin, où bercer de tes rêves, tu les pénètres, pour les vivre plus intensément.

 

Accoudé à la machine, tu recherches la paix intérieure, celle qui apaise tes équipées chimériques, efface tes souffrances, et t'aide à vivre tout simplement.

La voix de la sagesse s'impose à toi, tu dois cesser cet état, mais tu voyages, solitaire, abandonné et homme désarçonné par tant d'incapacité des autres à admettre ta vérité.

 

Accoudé à la machine à café, tu rêvasses, le liquide est froid, tu l'avales d'une gorgée, t'en retournes à ton bureau, et te plonges dans tes dossiers. Il te faut bosser dur pour rattraper ces cinq minutes de rêves que tu viens de t'offrir, car demain au tribunal, tu plaides la défense d'un voleur qui rêve d'une vie meilleure. Tu ne veux pas louper ta plaidoirie, tu ne veux pas que les jurés lui volent tous ses rêves et sa vie. Tu veux leur faire comprendre que le rêve, n'est pas un crime.    Mais, hors de la légalité, le rêve se tait, s'estompe, et se meurt…

Publié dans : LES CHRONIQUES DE COSAQUE - Communauté : les anciens "d'orange"
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